Ragréage avant ou après placo : le verdict pro pour réussir votre sol

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Dalle béton propre en chantier avec niveau laser rouge avant la pose des rails de placo
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Vous voilà bloqué sur le chantier, seau de primaire à la main, face à ce dilemme qui divise même les artisans les plus aguerris. D'un côté, on vous dit de tout niveler pour partir sur une base saine. De l'autre, on vous met en garde : attention à ne pas emprisonner vos rails dans le béton.

La peur est légitime. Personne n'a envie de voir son placo moisir par capillarité six mois après la fin des travaux, ni de se retrouver avec des rails impossibles à visser car noyés sous 2 cm de ragréage.

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Dans 90 % des cas, il est recommandé de réaliser le ragréage avant la pose du placo. Cela permet de travailler sur une surface parfaitement plane pour fixer les rails et d'éviter les découpes complexes des plaques. Toutefois, en rénovation, un ragréage après placo est possible à condition de laisser un espace de 1 cm sous les plaques et d'utiliser une bande périphérique pour éviter les remontées d'humidité.

La réponse courte : pourquoi privilégier le ragréage avant le placo

Si vous êtes en construction neuve ou que vous avez tout cassé (pièce vide, sol à nu), c'est la voie royale. C'est la méthode logique, propre et pérenne.

Pourquoi est-ce techniquement la meilleure option ?

  1. Vous bossez sur du velours. Poser une ossature métallique sur un sol bosselé est un enfer. Vous passez votre temps à caler, le niveau laser danse, et vos plaques finissent par gondoler. En ragréant avant, vous vissez vos rails sur un billard.
  2. Aucun risque pour le placo. Le ragréage est un produit liquide, salissant et gorgé d'eau. Si vos murs sont déjà peints ou plaqués, la moindre éclaboussure devient une corvée de nettoyage. Pire, l'humidité ambiante dégagée lors du séchage (plusieurs jours) peut être bue par le plâtre si la ventilation laisse à désirer.
  3. Vos découpes deviennent un jeu d'enfant. Si vous faites le sol après, vous devez découper votre placo minutieusement pour qu'il épouse les vagues de l'ancien sol tout en gardant une garde au sol. En faisant le sol avant, vos découpes sont droites et rapides.

Le cas particulier : quand faire le ragréage après le placo ?

Ne soyons pas dogmatiques. Parfois, le chantier commande et la théorie doit s'plier. Il existe des situations où ragréer après la pose des cloisons est inévitable, voire préférable.

C'est souvent le cas en rénovation partielle. Imaginez que vous gardiez certaines cloisons existantes ou que vous deviez monter une gaine technique en urgence avant que le plombier ne débarque. Dans ce scénario, attendre que le sol soit fait bloquerait tous les autres corps d'état.

C'est aussi une réalité logistique : si vous devez passer des gaines électriques ou des tuyaux de chauffage au sol après avoir décidé de l'emplacement final des cloisons, vous coulerez le ragréage (ou la chape liquide) pour enrober le tout une fois l'ossature posée. C'est plus risqué, mais techniquement réalisable si l'on respecte des règles d'étanchéité strictes.

Schéma technique en coupe d'une cloison placo sur ragréage avec espace de dilatation

Détail technique d'une pose de placo sur sol ragréé

Tableau comparatif : avant vs après

Voici la matrice de décision pour trancher selon votre situation :

CritèreAvant Placo (Recommandé)Après Placo (Rénovation)
Mise en œuvreOptimale. On verse, on tire, on lisse sans obstacles.Complexe. Il faut contourner les angles, les portes et les rails.
Risque HumiditéNul. Le sol est sec quand le placo arrive.Élevé. Risque de contact direct ou d'« effet mèche ».
Finition des railsLes rails sont posés sur le sol fini (propre).Les rails sont partiellement noyés (fixation définitive).
Gestion des réseauxLes gaines doivent passer dans la dalles ou les murs.Permet de passer des gaines au sol entre les cloisons avant de couler.

Les 3 règles d'or si vous ragréez APRÈS les cloisons

Vous avez décidé de le faire après ? D'accord, mais le droit à l'erreur n'existe pas ici. Pour éviter le désastre, suivez ce protocole de protection à la lettre.

1. La garde au sol (le vide sanitaire du placo)

C'est impératif : le BA13 ne doit jamais toucher le sol brut, et encore moins le ragréage frais. Vous devez laisser un espace d'au moins 1 cm (10 mm) entre le bas de la plaque et le sol existant. Cet espace empêche l'eau du mortier de remonter dans le plâtre. Sans ça, bonjour les moisissures noires au bas des murs en quelques semaines.

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Utilisez votre lève-plaque pour positionner la plaque à la bonne hauteur et vissez-la sans forcer. Si vous n'en avez pas, des chutes de placo ou des cales en bois de 10 mm feront l'affaire, mais retirez-les impérativement avant de couler !

2. L'étanchéité périphérique (bande résiliente)

Le ragréage va travailler, se dilater. S'il pousse contre le placo rigide, ça fissure. De plus, le plâtre est une éponge. Il faut créer une barrière physique. Collez une bande de désolidarisation (mousse bleue ou blanche) sur tout le pourtour des cloisons, au niveau du bas des plaques. C'est le même principe que pour d'autres matériaux cellulaires qui demandent des précautions spécifiques pour éviter les ponts thermiques. Voir notre dossier : Comment coller du Siporex : le guide sans langue de bois.

3. La protection des rails

Si votre ragréage est très fluide (autolissant), il va chercher à s'infiltrer dans le rail métallique par le dessous. En séchant, il crée un pont phonique et bloque le métal. La solution ? Avant de couler, faites un joint au mastic silicone ou à la mousse expansive (avec parcimonie) au pied du rail pour le rendre étanche.

Que dit le DTU 26.1 (chapes et dalles) ?

Le Document Technique Unifié (DTU) 26.1 n'est pas là pour faire joli. Il régit les travaux d'enduits, chapes et dalles et reste clair sur la philosophie générale : on travaille le gros œuvre et les sols avant le second œuvre léger.

Les normes préconisent de traiter les sols pour assurer une continuité de l'isolation phonique (sous-couche acoustique) et de la planéité. Si vous coupez votre sol avec des cloisons, vous créez des « pièces » indépendantes. Pour les surfaces supérieures à 40 m² ou les couloirs longs, le fractionnement (joint de dilatation) devient de toute façon obligatoire au niveau des seuils de porte pour éviter que le ragréage ne fissure.

Comment rattraper un niveau si les rails sont déjà posés ?

C'est la question panique que je vois passer partout : « Au secours, mes rails sont posés mais je me rends compte qu'il y a 3 cm de différence de niveau à l'autre bout de la pièce ! »

Si l'écart est faible (moins de 10 mm), un ragréage autolissant standard fera l'affaire en protégeant bien les rails comme vu plus haut.

Si l'écart est important (plus de 10-15 mm), le ragréage classique va vous coûter un bras et risque de fissurer. Optez pour un ragréage fibré qui accepte de plus grosses épaisseurs. Attention tout de même : si vous devez rattraper 3 cm, vous allez noyer vos vis de fixation et le bas de vos montants. Dans ce cas extrême, il vaut parfois mieux démonter et refaire, ou réaliser un coffrage temporaire à 5 cm du rail pour ne ragréer que la zone de passage, quitte à avoir un léger décroché sous les meubles.

Si vous constatez des écarts de niveau importants, notamment au niveau des ouvertures, consultez notre guide sur le Seuil de porte de garage pas de niveau : 3 solutions pour rétablir l'étanchéité pour comprendre comment gérer les pentes critiques.

3 erreurs fatales qui ruinent votre chantier

Ne gâchez pas votre budget matériaux en négligeant ces détails :

  1. L'oubli du primaire d'accrochage. C'est non négociable. Sans primaire, le sol « boit » l'eau du ragréage trop vite. Résultat : des bulles partout, une surface poudreuse et un décollement assuré au bout d'un an.
  2. Le collage du placo au sol. On insiste, mais c'est l'erreur n°1. Le placo ne doit jamais toucher le sol fini ou brut. La capillarité est l'ennemi silencieux de votre maison.
  3. La noyade des réseaux électriques. Si vous coulez après avoir posé les cloisons, vérifiez que vos gaines électriques qui sortent du sol pour remonter dans les cloisons sont bien étanchées. Si le ragréage coule dans la gaine ICTA, bon courage pour passer les fils plus tard !

Le choix entre « avant » ou « après » dépend donc essentiellement de l'état de votre chantier. Si vous avez le luxe du vide, faites-le avant. Vous gagnerez en sérénité et en qualité de finition. Si la rénovation vous impose le « après », soyez maniaque sur l'étanchéité et la protection.

Et vous, quelle méthode avez-vous choisie pour votre projet ? Avez-vous rencontré des difficultés avec les remontées d'humidité ?

Foire Aux Questions (FAQ)

Peut-on poser du placo directement sur le sol brut ?

Non, absolument pas. Le plâtre est un matériau hygroscopique (il absorbe l'eau). Il doit toujours être surélevé d'au moins 1 cm par rapport au sol fini pour éviter les remontées capillaires.

Quelle épaisseur maximum pour un ragréage ?

Cela dépend du produit. Un ragréage autolissant classique (P3) s'utilise généralement sur 3 à 10 mm. Pour rattraper des niveaux jusqu'à 30 mm, il faut impérativement utiliser un mortier autonivelant fibré haute performance.

Faut-il mettre un polyane sous le ragréage ?

Uniquement si vous êtes sur un terre-plein sans vide sanitaire et que vous suspectez des remontées d'humidité. Sur une dalle d'étage saine, le primaire d'adhérence suffit. Attention, un polyane mal posé peut créer une couche de désolidarisation involontaire (le ragréage ne tiendra pas au sol).

Comment protéger le placo lors d'un ragréage ?

La méthode la plus sûre consiste à fixer un film polyane sur le bas des plaques avec du scotch de masquage large, et à réaliser un joint silicone à la jonction sol/placo pour empêcher le produit de passer dessous.

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